M02.R. Rejointoyer partiellement un mur pour valoriser les interstices et cavités pour les espèces fissuricoles
Lors d’une remise en ordre par rejointoyage d’un vieux mur en pierres ou en briques, il peut s’avérer judicieux, voire indispensable, de réaliser un bilan des espèces (potentiellement) présentes dans les interstices, fissures et cavités. Ensuite, envisager un rejointoyage partiel qui offre de multiples gîtes pour des chauves-souris, des invertébrés et certains petits oiseaux cavernicoles, tout en assurant la pérennité et la stabilité du mur.
Les murs peuvent avoir des fissures, des interstices, ou encore des cavités plus importantes ouvertes sur l'extérieur ou à l'intérieur du mur lui-même, ce qui n'est pas forcément visible.
Espèces concernées
Ces cavités peuvent être occupées :
- par diverses espèces d’oiseaux (Martinet noir, moineaux, mésanges, Rougequeue, Étourneau sansonnet…) en période de nidification ;
- par des chauves-souris (pipistrelles, noctules, oreillards, murins, sérotines). Occupation soit en hiver (hibernation), soit en été (gîte d’été) ;
- par des lézards (mur ensoleillé - tout au long de l’année) ou des crapauds (en pied de mur ombragé) ;
- par divers insectes ou autres invertébrés (petites cavités occupées à différents moments de l’année en fonction des espèces).
Complexité technique
La principale difficulté consiste à repérer si oui ou non les cavités à rejointoyer sont occupées. Ensuite, réaliser un rejointoyage qui tiendra compte des cavités et leurs accès, tout en assurant la pérennité du mur et en respectant le calendrier d'occupation.
Le planning d’interventions doit éviter à tout prix la période d’hibernation ou de reproduction des espèces. Le rejointoyage pourrait donc être planifié fin août (sous réserve de l’obtention d’une dérogation) de façon à s’assurer qu’aucune espèce n’occupe les lieux. Idéalement avec une année d’observation préalable.
État des lieux ?
Cas de figure 1 : rejointoyage sans état des lieux de l’occupation
Considérer que toutes les cavités de plus de 2x4 cm sont potentiellement occupées par des chauves-souris, ou ont potentiellement des accès à des cavités à l’intérieur de la maçonnerie pour des oiseaux. Dans ce cas, il faudra prendre soin de rejointoyer l’ensemble de la façade en laissant libres de mortier (du moins partiellement) ces espaces plus grands, de sorte à laisser des accès pour la faune. Il faut envisager de ne pas rejointoyer toutes les cavités. Ci-dessous quelques détails sur les ouvertures par espèce.
Il est possible d’en préserver, si pas toutes, au moins une bonne partie. Dans tous les cas, l’intervention est à placer hors occupation potentielle des interstices et cavités.
Cas de figure 2 : faire expertiser par un ou une naturaliste expérimentée
Cette solution joue la carte de la sécurité. Le ou la naturaliste expérimenté(e) pourra repérer les espaces potentiellement occupés et en faire un marquage :
- Pour les oiseaux, pendant la période de nidification (un inventaire en dehors de cette période ne va pas permettre d’obtenir des résultats complets) ;
- Pour les chauves-souris, une année à l’avance sur la date d’intervention des travaux (un cycle complet).

© Julia Luxen
Profiter de la présence de cavités plus importante
Lorsque le mur qui doit être réfectionné présente une dégradation locale trop importante (pierres qui se détachent) ou que la volonté est d’augmenter le nombre d’espaces d’accueils pour la faune, on peut remplacer une partie des pierres de rejointoyage par des nichoirs ou des gîtes en béton préfabriqué, et maçonné à même le mur. L’avantage de cette solution est que le microclimat intérieur est propice et compatible avec ce que recherchent les espèces cavernicoles. Différents modèles existent, ils peuvent être consultés sur notre page : « modèles de nichoirs à maçonner dans un mur ».
Dans tous les cas, une attention particulière sera ici encore portée sur la présence ou non d’individus préalablement à l’intervention.
Vous trouverez plus de détails sur la page M03. Aménager des cavités pour la faune dans l’épaisseur du mur ou du parement.
Intervention compensatoire : remplacement des cavités par des nichoirs à poser
Il pourrait être tentant de rejointoyer entièrement le mur en envisageant de remplacer les cavités par des nichoirs ou gîtes artificiels à fixer sur le mur.
Cette solution est problématique :
Pour les oiseaux
Suivant les études dont nous disposons, la pose sur un mur de nichoirs en remplacement de cavités comblées n’est pas une solution satisfaisante : le taux de réussite de nidification y est moins élevé que dans des cavités intégrées à même le mur. Pour garantir le succès reproducteur de l’espèce, il est préférable de prévoir des fissures et cavités avec un climat intérieur similaire au site de nidification initial. La pose de nichoirs risque de ne pas proposer le même niveau de confort thermique. Dès lors, pour les oiseaux, on peut envisager la pose de nichoirs, s’il n’y a pas d’alternative, mais sous certaines conditions strictes, déterminées suivant le type d’espèces, le nombre d’individus, l’orientation et l’exposition des façades…
Pour les chauves-souris
Ce type de solution (pose de gîtes de remplacement) n’est pas envisageable. La différence de climat y est trop différente. En hiver, il peut y avoir des chauves-souris en hibernation partout dans le mur (pipistrelles, noctules, oreillards, murins, sérotines). De même qu’en période estivale, elles peuvent s’y installer pour mettre bas. En aucun cas, des nichoirs apposés sur les façades ne compensent des gîtes choisis par la faune dans les maçonneries, particulièrement les chauves-souris, dès lors que le microclimat n’est pas respecté.
Si des cavités occupées par des chauves-souris doivent impérativement être rebouchées, pour des raisons de stabilité, il existe des dispositifs antiretour à l’éveil qui peuvent être placés, mais uniquement après avoir installé les solutions compensatoires approuvées par un ou une naturaliste expérimenté(e). Pour en trouver un, vous pouvez vous adresser au pôle Plecotus de Natagora. Le risque de se tromper en voulant bien faire étant trop élevé pour un non-spécialiste, merci de toujours vous y référer.
Outils
Vous trouverez des conseils plus généraux en lien direct avec le rejointoyage d’un mur ici :
- G04.R. Réaliser un état des lieux du bâti existant.
- G25. Expertise et visite de terrain pour trouver un expert pour m’aider à détecter et identifier les espèces présentes dans mon bâti.
- G12. Liste rouge des espèces menacées.
- G20. Trouver des traces de présence d'espèces
- G08.R. Planifier le chantier de rénovation pour limiter son impact sur la nature.
- G17. Profiter de la présence d'échafaudage pour inciter à réaliser des aménagements.
Espèces concernées
- Pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus)
- Noctule commune (Nyctalus noctula), Noctule de Leisler (Nyctalus leisleri)
- Oreillard gris (Plecotus austriacus), Oreillard roux (Plecotus auritus)
- Murin de Daubenton (Myotis daubentonii), Murin à moustaches (Myotis mystacinus) , Grand murin (Myotis myotis)
- Sérotine commune (Eptesicus serotinus)
Toute cavité avec une ouverture de min. 2 x 4 cm est potentiellement occupée par des chauves-souris.
En Belgique, les chauves-souris étant toutes protégées par la loi, il est interdit de les manipuler, de les détruire et de les transporter. Les cavités et interstices, dans les maçonneries en pierre ou même en brique, peuvent être occupés par des chauves-souris, il est donc primordial de repérer les espaces occupés et ne pas les rejointoyer localement pour ne pas emmurer les individus et leur assurer un gîte pérenne.
Si, pour des questions de stabilité, un rejointoyage d’un mur abritant des chauves-souris est nécessaire, il faut déposer une demande de dérogations auprès du Service Public de Wallonie. Vous trouverez plus d’informations sur les demandes de dérogation aux mesures de protection des espèces sur wallonie.be.
Oiseaux
Oiseaux qui nichent dans des cavités murales fermées :
- Martinet noir (Apus apus) — généralement à 5 m du sol, parfois moins.
- Moineau domestique (Passer domesticus) — vit en colonie.
- Autres oiseaux qui occupent moins fréquemment le bâti, mais peuvent être présents tels que les mésanges, Sitelle torchepot (Sitta europaea), grimpereaux...
Oiseaux qui nichent dans des cavités murales ouvertes ou fermées :
- Rougequeue noir (Phoenicurus ochruros) — à min. 6 m du sol.
- Étourneau sansonnet (Sturnus vulgaris) — à min. 3 m du sol.
Les Hirondelles de fenêtre (Delichon urbicum) impactées par les travaux de rejointoyage si les hauts des murs sont concernés.
Oiseaux qui accèdent à des espaces intérieurs plus grands en passant par les interstices dans la paroi :
- Choucas des tours (Coloeus monedula), Effraie des clochers (Tyto alba), Faucon crécerelle (Falco tinnunculus)...
Reptiles et amphibiens
- Occasionnellement les crapauds dans des ouvertures près du sol (recherche de fraîcheur en été et d’abri à l’abri du gel en hiver).
- Lézard des murailles (Podarcis muralis)
Ce reptile affectionne les habitats rocheux et ensoleillés. Dans nos habitats, il préfère donc les soubassements des murs orientés plein sud présentant de diverses cavités. Il hiverne d’octobre à mars dans des cavités. La femelle pond ses œufs dans le sol, sous une pierre, dans une fissure murale, de fin mai à juillet. Long de 18 à 20 cm, ce lézard se faufile dans des fissures et cavités très étroites.
Invertébrés
- Gastéropodes (escargots) dans des petites cavités près du sol, sur des murs couverts de mousses et lichen
- Osmies et autres abeilles solitaires : joints friables dans lesquels elles construisent leur petite galerie. Il est possible de rejointoyer partiellement où c’est vraiment nécessaire à l’aide un mortier à l’ancienne (contiens de la chaux, du sable et d’autres liants qui le rendront plus friable).
- Papillons de toutes sortes (hibernation)