
Bruxelles : des nichoirs salvateurs pour la colonie d'hirondelles de fenêtre d'une école
L’hirondelle de fenêtre est devenue bien rare en région bruxelloise. Il y a quarante ans, ces oiseaux étaient encore présents dans de nombreux quartiers de la capitale. Aujourd’hui, seules quelques rares colonies sont encore occupées.
Installée sur les bâtiments du Lycée Mater Dei, la colonie de Woluwe-Saint-Pierre était florissante dans les années 1970 et 1980. C’était même la plus importante de la capitale. Des générations d’élèves et d’enseignants se souviennent de l’animation suscitée chaque printemps par le retour des hirondelles. Une ancienne élève nous a même raconté avec émotion la fronde de nombreux élèves lorsqu’un jour, les ouvriers en charge de l’entretien de l’école se mirent à détruire les nids sous prétexte que les hirondelles salissaient tout… Fait étonnant, les élèves furent écoutés par la direction et les hirondelles obtinrent un sursis.
Mais dès la fin des années 1990, l’effectif s’est peu à peu réduit. Les nombreux chantiers qui ont accompagné le lotissement de l’ancien champ de courses touchaient à leur fin et la boue nécessaire à la construction des nids devenait de plus en plus rare. En 2003 et 2004, aucune hirondelle ne nichait plus à Mater Dei. Leur cause semblait définitivement entendue…

Le retour inattendu d’un couple solitaire en 2005 puis en 2006 a incité le Groupe de Travail Hirondelles d’Aves-Natagora, à tenter l’opération de la dernière chance. En avril 2007, grâce au soutien financier de Natagora et de la Ligue Royale pour la Protection des Oiseaux et avec l’aide technique de Bruxelles Environnement, trente nids artificiels pour hirondelle de fenêtre furent fixés sous les corniches des deux sections de cette école (francophone et néerlandophone).
La présence de ces nombreux nids artificiels semble avoir eu un effet attractif immédiat puisqu’en 2007 le nombre de couples nicheurs remonta immédiatement à 6, même si aucun nid artificiel ne fut occupé cette année-là. Il fallut attendre l’année suivante pour constater les premières nidifications en nids artificiels. Ensuite, tout a été très vite : 7 couples en 2008, 11 en 2009, 22 en 2010… 30 en 2012…
Cette résurrection semble confirmer ce que suspectaient certains ornithologues : la disparition des hirondelles en ville serait principalement due au manque de boue dont ces oiseaux se servent pour maçonner leurs nids. Leur
fournir un nid « préfabriqué » est donc une solution appropriée.
Face à une crise du logement annoncée, la direction des deux écoles accepta la pose de 30 nids supplémentaires au début 2013, ce qui permit de culminer à 43 couples cette saison-là.
Hélas, cette magnifique réussite a démultiplié le problème des salissures. En effet, 43 couples et leurs nichées représentent une fameuse quantité de déjections. En septembre 2013, les fenêtres et les murs de l’école étaient largement maculés de blanc et le coût du nettoyage fut douloureux pour l’établissement. La direction de la section néerlandophone menaça même de faire retirer les nids si nous ne proposions pas une solution acceptable. Après négociation, les nids de la cour de récréation ont été déplacés vers les corniches qui surplombent les poubelles où les déjections seraient moins problématiques. Profitant de l’élévateur de Bruxelles Environnement, des planchettes anti-fientes furent fixées sous ces nids. Mais, les hirondelles allaient-elles accepter ce déménagement forcé ?
C’est donc avec une certaine appréhension que nous avons attendu le retour des hirondelles au printemps 2014. Les premières revenues cherchèrent d’abord et sans succès leur ancien nid dans la cour de récréation. Mais nos craintes furent ensuite rapidement dissipées, car les hirondelles découvrirent rapidement les nids fixés au-dessus des poubelles. Finalement, 39 couples nichèrent en 2014, limitant à 4 unités les pertes causées par ce déménagement.
À quelques centaines de mètres de là, dans le quartier Saint-Alix, une douzaine de nichoirs ont été installés chez des particuliers par le Groupe de Travail Hirondelles en collaboration avec l’association locale Natura Woluwe et la commune de Woluwe-Saint-Pierre. Grâce à la persévérance de plusieurs personnes qui ont diffusé sans se décourager le chant des hirondelles, plusieurs nids artificiels ont été occupés (4 en 2014). Ceci constitue, nous l’espérons, l’amorce d’une nouvelle colonie bruxelloise.
Source : Charles Carels dans Aves 52/1, 2015
